Vaux-et-Borset Premiers agriculteurs à la fin du VIe millénaire

Les premiers agriculteurs/éleveurs néolithiques de l’Europe nord-occidentale ont colonisé la Hesbaye à la fin du VIe millénaire. Les prospections fructueuses menées par Jules Docquier et les membres du C.A.H.C. dans les années quatre-vingt ont permis de découvrir et d’explorer plusieurs villages néolithiques à Vaux-et-Borset (Villers-le-Bouillet ; Docquier, 1993-1995). Trois d’entre eux ont fait l’objet de fouilles extensives. Deux appartiennent à la culture du Rubané ou "Omalien" à "Gibour" et à "La Chapelle Blanche" ; le troisième qui constitue le seul village digne de ce nom actuellement connu de la culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain en Hesbaye au lieu-dit "À La Croix Marie-Jeanne". Situé à la limite occidentale du plateau hesbignon, à proximité de la Méhaigne, les sites de Vaux-et-Borset appartiennent à une des zones d’implantation bien documentée de la culture européenne du Rubané.

Carte de situation du gisement de Vaux-et-Borset dans le contexte de la répartition la culture rubanée (Omalien) en Hesbaye (d’après Constantin, Burnez-Lanotte, 2008, fig. 8).
Carte de situation du gisement de Vaux-et-Borset dans le contexte de la répartition la culture rubanée (Omalien) en Hesbaye (d’après Constantin, Burnez-Lanotte, 2008, fig. 8).

Vaux-et-Borset "Gibour" et "À La Croix Marie-Jeanne"

Vaux-et-Borset "Gibour" et "À La Croix Marie-Jeanne" (Villers-Le-Bouillet) : situation topographiques des deux villages. 1 : Rubané ; 2 : culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain (d’après Burnez-Lanotte et al., 2001, fig. 1).

Les deux occupations du Néolithique le plus ancien de Belgique, l’une rubanée, l’autre de la culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain (BQ/VSG) s’étendent sur la pente méridionale d’une crête en faible relief du plateau limoneux, à une altitude d’environ 750 m. Les fouilles programmées à grande échelle y ont été menées entre 1989 et 1999 sur 20 000 m2 par le C.A.H.C. (sous la direction de Jules Docquier puis de Emmanuel Delye avec N. Rochus et R. Bit) grâce à la collaboration d’une équipe internationale sous la direction de Jean-Paul Caspar† (KULeuven) et Claude Constantin (UMR 7071 CNRS ; fouilles 1989-1990) dans le cadre de la mission archéologique en Hainaut et en Moyenne Belgique du ministère des Affaires étrangères français (Constantin & Burnez-Lanotte, 2008), en collaboration avec l’équipe “Protohistoire Européenne” de l'UMR 7041 du CNRS (1989-1990 : Isabelle Sidéra), l’IRScNB (Anne Hauzeur), le Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye (1989-1990 : Catherine Louboutin), le Cercle archéologique des Chercheurs de la Wallonie (1989-1990 : F. Tromme) et grâce à la contribution financière du Service des fouilles de la Région Wallonne et du FNRS.

Vaux-et-Borset "Gibour" et "À La Croix Marie-Jeanne" (Villers-Le-Bouillet) : vue aérienne des fouilles (campagne 1989) (© Charles Leva ; Centre interdisciplinaire de Recherches aériennes).

Deux sites clés pour la néolithisation de la Belgique

Les fouilles à Vaux-et-Borset "Gibour" et "À La Croix Marie-Jeanne" ont été menées au départ pour résoudre le problème chronologique des rapports entre deux entités culturelles des débuts du Néolithique : le Rubané (dît "Omalien" en Hesbaye ; entité connue à l’échelle de l’Europe tempérée) et la culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain bien établie en Hainaut et en Bassin parisien. Ces recherches ont joué un rôle fondamental pour la compréhension des phénomènes historiques liés à la néolithisation de la Belgique. En effet, les découvertes effectuées ont été au centre d’une polémique scientifique internationale qui a alimenté durant plus de 25 ans les débats sur les relations chrono-culturelles entre le Rubané et les ensembles culturels apparentés en Europe du Nord-Ouest (Constantin & Burnez-Lanotte, 2008). Avant tout, un des apports fondamentaux de Vaux-et-Borset réside dans la démonstration du diachronisme entre les cultures du Rubané et du BQ/VSG (Burnez-Lanotte et al., 2001). L’identification de deux occupations permanentes mitoyennes de chaque culture et la quasi absence de mélanges entre les vestiges de part et d’autre constituait un argument décisif pour la démonstration d’une succession chronologique des deux ensembles, comme c’était également le cas en Hainaut et en Bassin parisien. De plus, les études typologique, technologique et fonctionnelle de toutes les catégories de vestiges ont démontré que les productions matérielles des deux installations étaient clairement distinctes. Toutes ces observations prouvées par les évidences stratigraphiques et contextuelles répétées confirment l’hypothèse que les deux villages ont été occupés successivement et non simultanément (Burnez-Lanotte et al., 2001). Ces acquis ont été d’un apport fondamental pour établir que les premiers colons agriculteurs-éleveurs en Belgique appartiennent bien à la culture du Rubané européen.

Onze datations au 14C ont été réalisées sur charbon de bois, sur coquilles de noisettes et sur triticum dicoccum. L’ensemble des dates obtenues présente une dispersion large qui s’étend sur près de 4 siècles et ne permet pas de clarifier la datation des deux occupations néolithiques.

Plan général du site de Vaux-et-Borset (DAO : S. Denis d’après Burnez-Lanotte et al., 2001).

Le village et l’enceinte rubanés : organisation spatiale de l’espace bâti

Le village rubané s'étend sur la pente méridionale du plateau. La stratégie de fouille a consisté en la réalisation de décapages par tranchées exploratoires parallèles (2 m à 6 m de large), élargies sur des surfaces continues dans les secteurs ou la densité des anomalies étaient significative. Au total, quasi 7 000 m2 ont été explorés de 1989 à 1995.

Les principales structures mises au jour sont : une enceinte délimitée par un fossé interrompu dont le tracé forme un quadrilatère irrégulier, d’un périmètre estimé à 810 m, délimitant une superficie de 4,5 ha et un village dont 3 habitations, leurs fosses de construction et une batterie de silos ont été découvertes. Au moins deux phases d'habitat sont reconnues par les recoupements entre plusieurs structures, notamment entre le fossé et une habitation.

Le fossé d’enceinte délimite une surface de forme oblongue très partiellement fouillée ; le tracé comporte au moins 7 interruptions aux dimensions inégales : de 7,5 m (interruption au nord/nord-ouest) à 46 m (interruption sud). Aucun aménagement de type fondation de palissade ou aménagement d’entrée n’a pu être clairement observé. Le fossé présente des dimensions variables : entre 1,62 m et 4,25 m de largeur, et de 0,94 m à 2,58 m de profondeur sous le décapage. Il présente un profil en Y, en V ou en cuvette en fonction du taux d’érosion et un remplissage relativement homogène.

Vaux-et-Borset "Gibour", campagne 1989 : coupe du fossé d’enceinte rubané (Tranchée A, structure 100 ; © Claude Constantin).

Les trois bâtiments dont deux sont implantés à l’intérieur de la surface enclose sont caractéristiques des habitations rubanées et de leur identité : une architecture rectangulaire à charpente en bois dont la structure portante est stabilisée par trois rangées longitudinales de poteaux ; plusieurs tierces espacées subdivisent l’espace domestique interne, le tout  complété de parois en torchis et d’une toiture à deux versants en matériaux périssables. De part et d’autre des façades longitudinales, les fosses creusées pour la construction servent ensuite de "poubelles" aux occupants de la maison.

La maison M1, située au niveau de l’interruption ouest de l’enceinte, recoupe le fossé ; elle est complète (18 m de long pour 7 m de large ; orientation : ouest/nord-ouest est/sud-est). Les deux autres bâtiments, parallèles entre eux, orientés est-ouest, construits au sud-ouest de la surface interne de l’enceinte, sont partiellement fouillés. Un des deux pourrait dépasser 20 m de long sur 5 m de large. Deux batteries de silos ont été découvertes ; la plus importante, dans le secteur de l’interruption nord-ouest de l’enceinte et à proximité directe du bâtiment complet comportait 16 silos.

Sous réserve du caractère non exhaustif de l’exploration des surfaces internes et externes de l’enceinte, l’hypothèse a été formulée d’une concentration des bâtiments limitée à la partie nord du site, à l’exclusion de la partie méridionale de l’occupation ("Fond de Hervâ") et des secteurs situés à l’extérieur du fossé.

Le village de la culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain

Les structures du village blicquien se répartissent sur deux secteurs dont quasi 13 000 m2 ont été explorés : l’un sur la crête et sur la partie supérieure du versant méridional au lieu-dit "Gibour" (à quelques dizaines de mètres à l’ouest des installations rubanées), l’autre à une centaine de mètres à l’ouest au lieu-dit "À la Croix Marie-Jeanne". Aucun plan net d’habitation n’a pu être mis au jour du fait d’une érosion intense, notamment sur la crête. Néanmoins, les caractéristiques de certaines structures qui évoquent des complexes de fosses de construction, ainsi que les remontages qui ont pu être effectués permettent de supposer l’existence d’au moins 4 bâtiments (Caspar et al., 1993 ; Burnez-Lanotte et al., 2005). À cela s’ajoutent des silos et diverses structures en creux. Les limites occidentales de l'extension du village ont été atteintes dans le secteur du site au lieu-dit "À la Croix Marie-Jeanne".

Vaux-et-Borset "Gibour", campagne 1989, structure 82 (© Claude Constantin).

Le matériel archéologique est majoritairement issu du contexte détritique des fosses lié aux rejets domestiques. Cependant, certaines découvertes sont originales car elles témoignent de gestes de dépôts intentionnels. Par exemple, il faut mentionner un dépôt organisé de 3 meules et de 3 molettes appareillées en grès tapissant le fond d’une structure. Cette disposition évoque un geste rituel mais aussi un geste technique de rangement en vue d’une reprise ultérieure. Ailleurs, dans le remplissage de plusieurs fosses, des empilements de 3 à 6 palets en schiste ayant déjà fait l’objet d’une mise en forme des tranches externes et des faces témoignent de rangements volontaires. Ce stockage et le recouvrement par un sédiment pourrait s’expliquer par l’intention de conserver au matériau une degré d’humidité utile à la préservation des propriétés clastiques du schiste.

Vaux-et-Borset "Gibour", campagne 1990 : empilements de palets en schiste (d’après Burnez-Lanotte, Caspar, 2005, fig. 5).

Socio-économie et gestion des matériaux lithiques rubanés et blicquiens : identités, productions, échanges

La dynamique des recherches menées à Vaux-et-Borset se fonde sur les études novatrices dont les vestiges exhumés ont fait l’objet. Les corpus analysés sont numériquement exceptionnels. Ils comprennent : 43 350 pièces en silex (pour le Rubané, 3 618 éléments dont 515 outils ; pour la culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain un total de près de 40 000 pièces en silex, dont 3000 outils), pour les schistes blicquiens 1467 vestiges (dont 150 anneaux et bagues finis, et 20 outils), à cela s’ajoutent plusieurs centaines de déchets de fabrication et d’outils en grès, des herminettes en roche dure, des galets et plusieurs dizaines de fragments d’oligiste oolithique.

Sous la direction de Jean-Paul Caspar, les séries lithiques des villages rubané et blicquien de Vaux ont alimenté des recherches très originales. La mise en relation d’approches plurielles impliquant : des analyses typologiques traditionnelles, morpho-métriques, stylistiques, technologiques avec traitement d’études multivariées, l’étude des marques de production macroscopiques et microscopiques, l’étude des micro-traces d’utilisation et d’emmanchement (au microscope métallographie à des grossissement de x 100 à x 500), les expérimentations, la caractérisation des relations matériaux/type/fonction ont abouti à des résultats qui ont ouvert de nouvelles perspectives dans l’interprétation des industries lithiques néolithiques (Caspar & Burnez-Lanotte, 2006), servant de référentiel au-delà des sites belges.

Parmi les résultats remarquables, on rappellera : la mise en évidence et la caractérisation de processus de recyclage transculturel d’éléments lithiques rubanés par les Blicquiens ; l’identification de catégories d’outils inconnues jusqu’alors dans le répertoire de la culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain, en particulier, le grattoir-herminette et le foret pour le travail du schiste (Caspar & Burnez-Lanotte, 2006) ; la mise en question du mode de débitage laminaire par pression attribué au Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain sur base de la confrontation d’une expérimentation large avec une analyse macroscopique et à fort grossissement au microscope des zones d’impact et des marques de production ; une lecture technologique originale de la fabrication des anneaux en schiste à travers des analyses macroscopiques, microscopiques, palynologiques et expérimentales combinées sur les pièces archéologiques et expérimentales (Burnez-Lanotte & Caspar, 2005).

Forage mécanique expérimental d’un palet en schiste à l’aide d’un foret à arc (d’après Burnez-Lanotte & Caspar, 2005, fig. 20).

L'économie et la gestion des matières siliceuses entre Rubanés et Blicquiens apparait contrastée. Les différences portent sur toutes les étapes du traitement et de l'usage de la matière première. Par exemple, en ce qui concerne la gestion des silex locaux, la chaîne de production depuis l'approvisionnement jusqu'à la fabrication des produits finis répond à des schémas contraignants pour les Rubanés (approvisionnement dans les bancs crétacés en place, standardisation des produits bruts et, dans une mesure qui reste à préciser, des modes de fragmentation, des modes de retouche et peut-être des modes d'emmanchement) que pour les Blicquiens. Pour ces derniers, la production sur matériaux locaux est opportuniste : récolte au sein des poches de dissolution, récupération de produits dans les ruines du village rubané et recyclage dans des activités liées préférentiellement au travail du schiste. À Vaux-et-Borset, seul répondent à un modèle technologique élaboré typique du BQ/VSG les éléments réalisés aux dépens des silex exogènes (silex de Ghlin du Hainaut et, dans une proportion mineure, silex Bartonien du Bassin parisien) et qui témoignent de catégories d’usages et/ou à de dispositifs instrumentaux propres à cette culture, en particulier dans le cadre de certaines techniques de forage du schiste comme c'est le cas avec le foret mécanique. L’hypothèse a été émise que les silex d'origines exogènes et plus particulièrement le silex tertiaire, seraient de véritables marqueurs identitaires du BQ/VSG.

Les études les plus récentes se sont focalisées sur les analyses techno-économiques de l’industrie lithique blicquienne de Vaux-et-Borset et leurs conséquences sur l’organisation sociale des villages et sur les relations entre les groupes de résidence à l’échelle du site, de la région et dans un réseau d’échanges interrégionaux (Denis, 2014). Les résultats démontrent l’existence d’au moins deux groupes de tailleurs. L’un, produit les outils et éclats en contexte domestique, l’autre, débite des lames  en se déplaçant d’une unité d’habitation à l’autre, d’un site à l’autre, voire d’une région à l’autre. En particulier, à Vaux-et-Borset, les débitages laminaires en silex originaire du bassin de Mons (dit "de Ghlin") seraient réalisés par des tailleurs originaires du Hainaut.

Vaux-et-Borset "Gibour" : anneaux en schiste fragmentés (© Burnez-Lanotte).

Les ateliers blicquiens de fabrication d'anneaux en schiste local témoignent d'une production dont l'importance numérique des produits finis (150 anneaux et bagues) issus des rejets domestiques plaiderait en faveur d’une fabrication locale (la trousse à outils de l’artisan a été reconstituée) et d'un usage le plus vraisemblablement interne à la communauté villageoise.

Vaux-et-Borset, culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain : polyvalence fonctionnelle des artefacts. Exemple de trousse à outils de l’artisan des anneaux en schiste. N° 1 : sciage expérimental d’un bloc de schiste à l’aide d’une lame en silex ; n° 2 : traces de sciage sur un palet archéologique fragmenté en schiste gris foncé à noir anthracite ; nos 3 et 4 : perçage expérimental d’un palet par grattage à l’aide d’un front de grattoir en silex à front ogival ; n° 5 : perçage par grattage d’un palet archéologique en schiste gris foncé à noir anthracite ; nos 6 et 7 et 9 et 11 : grattoirs archéologiques sur éclat en silex à grain fin de Hesbaye ; n° 10 : fragments proximaux de lames en silex à grain fin de Hesbaye rubanés recyclés par les Blicquiens ; n° 8 : perçage archéologique par rainurage du schiste gris clair à moyen ; nos 12 et 13 : perçage expérimental par rainurage à l’aide de l’extrémité proximale d’une lame : découpe d’une rondelle par rainures successives selon un schéma polygonal et rondelle détachée ; n° 14 : ébauche d’anneau archéologique en phase de finition : polissage. Usures : a : action transversale ; b : action longitudinale ; c : rainurage ; d : action rotative ; e : préhension ; f : lissage ; 10 : matière minérale tendre (échelle : cm) ; (d’après Caspar & Burnez-Lanotte, 2008).

Analyses céramologiques et production potières

Les études céramologiques ont essentiellement porté sur les vases de la culture de BQ/VSG qui concernent un corpus de 558 récipients considéré encore aujourd’hui comme un ensemble de référence pour cette culture. Les caractéristiques morpho-typo-stylistiques de cet ensemble prouvent les parentés étroites avec les séries blicquiennes du Hainaut, centre originel de la culture de BQ/VSG. L’étude des systèmes de décoration (techniques, motifs et organisation des thèmes) permet d’attribuer le village blicquien à l’étape II dans la chronologie céramique établie par Claude Constantin (Hauzeur & Constantin, 1993 ; Constantin, 1994).

Vaux-et-Borset : vases de la culture de Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain (d’après Van Doosselaere & Burnez-Lanotte, 2014 ; échelle : 5 cm)

À la croisée des sciences des matériaux, de l’ethnoarchéologie et des disciplines expérimentales, une analyse technologique fine tout à fait originale a été menée récemment sur 217 récipients blicquiens (Van Doosselaere et al., 2013). La reconstitution technologique, couvrant toutes les étapes de la chaîne opératoire (de la sélection des matières premières aux traitements post-cuisson), repose sur les examens macroscopiques des macrotraces, la description des indices de façonnage et des structures au niveau des sections radiales ainsi que sur une série d’analyses ciblées, incluant de la Radiographie standard et du CT-Scan (en collaboration avec le service de radiologie du CHU de Mont-Godinne), de la Microscopie Optique à transmission (MO), de la Microscopie électronique à balayage (MEB-EDS), de la microsonde (EMPA), ainsi que de l’ablation laser et spectroscopie de masse (LA-ICP-MS). Les résultats obtenus permettent de distinguer la coexistence de trois traditions potières dans le village blicquien qui renvoient à trois groupes de producteurs socialement distincts et témoignent d’une diversité sociale importante au niveau des communautés de potiers. Une autre conclusion originale consiste dans l’hypothèse d’une circulation de certains vases entre les villages, voire d’une région à l’autre (du Hainaut à la Hesbaye ?). Elle se fonde sur le diagnostic d’une origine extra locale des argiles utilisés pour la fabrication de 47 % des vases échantillonnés (Van Doosselaere et al., 2016).

Ces observations comme l’existence des déplacements de tailleurs entre Hainaut et Hesbaye corroborent l’importance des échanges dans la vie socio-économique des Blicquiens.

Une représentation anthropomorphe

Vaux-et-Borset : tête anthropomorphe en terre cuite du Rubané récent (d’après Caspar et al. 1998).

Une découverte remarquable est celle d’une petite tête anthropomorphe en terre cuite qui a été exhumée du remplissage détritique d’un silo, en association avec trois vases quasi entiers et de nombreuses noisettes carbonisées. Elle mesure 47 mm de haut pour 34 mm à hauteur des tempes. La cassure à la base du cou suggère qu’il pourrait s’agir d’une anse ou encore d’un fragment de statuette en ronde-bosse (Caspar et al., 2000). Cette représentation humaine est la seule connue pour le Néolithique le plus ancien de Belgique (exposée au Prehistomuseum, Flémalle, Liège).

Une source de collaborations multidisciplinaires interuniversitaires régionales et internationales

Les fouilles menées à Vaux-et-Borset "Gibour" et "À la Croix Marie-Jeanne" à l’initiative du C.A.H.C. ont nourri de nombreuses collaborations avec des chercheurs de différentes universités belges et françaises qui ont abouti à : de très nombreuses publications dans des revues régionales et internationales avec comité de sélection et à des communications originales dans des colloques consacrés au Néolithique le plus ancien. Ces travaux ont alimenté également des mémoires et des thèses de doctorat (KUL, UNamur, Paris-Ouest Nanterrre La Défense, Paris 1 Panthéon-Sorbonne), des post-doctorats (UNamur, FSR co-fund Marie Curie) et l’organisation de colloques dont le dernier est paru en 2017 (Burnez-Lanotte, 2017). Les recherches en archéométrie ont été développées avec différents laboratoires : études de faune (L. Hachem, UMR 8215, CNRS-Paris 1), analyses des pollens et des macro-restes végétaux (J. Heim, UCL), analyses pétrographiques des grès (F. Gullentops, KUL), examens palynologique des phyllades et des schistes (M. Vanguestaine, ULG) ; plus récemment des collaborations ont été menées avec UCL Mont-Godinne (M. Dupont) et l’IRSNB (E. Goemaere).   

L’exploitation des données de fouilles de Vaux-et-Borset se poursuit actuellement en collaboration avec le laboratoire LIATEC de l’UNamur.

Références bibliographiques

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Laurence Burnez-Lanotte, Université de Namur, Laboratoire interdisciplinaire d’anthropologie des techniques LIATEC, Rue de Bruxelles, 61, B-5000 Namur et UMR 8215 "Trajectoires. De la sédentarisation à l’État" Nanterre France, laurence.burnez@unamur.be

 

Pour les Rubanés, le mobilier en silex livre la panoplie des outils typiques de cette culture tels que grattoirs sur lames, troncatures retouchées, lames retouchées et perçoirs. Les traces d’utilisation témoignent des activités de subsistance et artisanales comme la peausserie (grattoirs ; épilation, décharnage, assouplissement, tannage etc..), la travail du bois ou le traitement des fibres végétales.

L’inventaire des outils en silex blicquiens est dominé (80 %) par les outils sur bloc (polyèdre) ou sur éclats et débris (denticulés, grattoirs, pièces esquillées et/ou martelées, racloirs, etc.). Les outils sur lame sont minoritaires et se particularisent par des effectifs importants en matériaux exogènes. Parmi ces derniers, on notera la présence d’une lame en silex tertiaire du Bassin parisien dont l'extrémité agissante émoussée et soulignée de stries au parallélisme strict correspond à une mèche courte et robuste, aménagée par retouches alternes, utilisée pour le percement mécanique des palets en schiste dans un dispositif de foret à arc.